L'Oasis de Nefta : Un Écosystème d'Exception
Aux portes du désert tunisien, l’oasis de Nefta déploie ses palmeraies comme un véritable miracle de la nature. Ce joyau écologique, niché dans un environnement aride, n’est pas qu’un paysage pittoresque : c’est un système complexe où écologie, agriculture et économie cohabitent dans un équilibre délicat. Mais cet équilibre, aujourd’hui menacé, est aussi porteur d’espoirs pour l’agriculture durable face au changement climatique.
Un territoire façonné par un climat extrême
Située dans le sud-ouest tunisien, à proximité du Chott el-Jérid, Nefta se trouve dans une zone semi-désertique. Le climat y est particulièrement sec, avec moins de 100 mm de précipitations annuelles et des températures pouvant dépasser les 45 °C en été. L’évaporation intense, conjuguée à l’irrégularité des pluies, rend la ressource en eau extrêmement précieuse. Dans ce contexte, chaque goutte compte, et la gestion de l’eau devient un enjeu vital.
Un modèle écologique millénaire
Malgré ces conditions climatiques hostiles, l’oasis de Nefta a su s’adapter grâce à un système de gestion hydraulique d’une grande ingéniosité. Ce modèle ancestral, perfectionné depuis l’époque romaine et optimisé au fil des siècles par les civilisations locales, repose sur la Corbeille (El-Qbiba), un bassin naturel alimenté par des sources thermales. Véritable cœur de l’oasis, elle joue un rôle central dans la redistribution de l’eau à travers les seguias, ces canaux traditionnels gravitaires qui irriguent l’ensemble de la palmeraie.
L’eau y est partagée selon des règles coutumières, avec une rigueur qui témoigne de la conscience collective de la rareté de la ressource. Ce système permet à la végétation de prospérer selon une logique en étages : les palmiers-dattiers assurent l’ombrage, favorisant la croissance d’arbres fruitiers en dessous (grenadiers, figuiers), et de cultures maraîchères au sol. Cette stratification crée un microclimat tempéré, protège les sols de l’érosion et favorise une biodiversité remarquable.
Des pratiques agricoles héritées et adaptées
L’agriculture oasienne repose sur des pratiques éprouvées, développées au fil des générations. Trois principes structurent ce savoir-faire : la rotation des cultures, l’utilisation d’engrais naturels et une gestion économe de l’eau. La rotation permet d’éviter l’appauvrissement des sols et de limiter les maladies, tandis que les engrais naturels — principalement du fumier de dromadaire ou du compost issu de déchets organiques — nourrissent la terre sans perturber l’équilibre fragile des nappes phréatiques.
Ces pratiques traduisent une connaissance fine du milieu et une capacité d’adaptation constante. Elles témoignent aussi de la résilience d’une agriculture confrontée aux défis croissants du changement climatique.
La datte Deglet Nour : richesse et dépendance
Au centre de l’économie agricole de Nefta, la datte Deglet Nour occupe une place essentielle. Réputée dans le monde entier pour sa qualité, elle représente la première source de revenus pour une large partie des familles de l’oasis. Mais cette spécialisation agricole comporte aussi des risques : en misant tout sur une seule culture, les agriculteurs s’exposent aux fluctuations des prix internationaux, aux maladies spécifiques des palmiers et aux conséquences de la sécheresse.
D’où l’importance de diversifier les productions. À Nefta, certaines exploitations développent d’autres filières : henné, plantes aromatiques, roses, figues ou encore tomates. Cette diversification permet de répartir les risques économiques et d’assurer une meilleure sécurité alimentaire à l’échelle locale.